

Deep Fields
ER=EPR (2017)
Evelina Domnitch et Dmitry Gelfand avec la collaboration de William Basinski, Jean-Marc Chomaz et LIGO, et le soutien de STROOM, Den Haag.
Installation présentée dans le cadre de l’exposition DEEP FIELDS
Commisariat : Félicie d’Estienne d’Orves & Olivier Schefer en synergie avec Stéphanie Pécourt
Deux tourbillons tournants dans des sens opposés dérivent dans une longue étendue d’eau. Un large faisceau laser les illumine depuis le fond de l’eau, dessinant au plafond des trous noirs entourés d’un halo et reliés par un trou de ver. Les tourbillons peuvent entrer en collision (comme cela se produit dans les détections LIGO), et si le trou de ver se déchire, les trous noirs se dissipent immédiatement.
En reliant deux trous noirs par l’intérieur, un trou de ver pourrait-il se former en raison de l’intrication quantique ? Cette conjecture déroutante formulée par Juan Maldacena et Leonard Susskind tire sa source de deux articles publiés en 1935, qui étaient auparavant considérés sans rapport l’un avec l’autre : « The Particle Problem in the General Theory of Relativity » (Le problème des particules dans la théorie générale de la relativité) et « Can quantum-mechanical description of physical reality be considered complete ? » (La description quantique de la réalité physique doit-elle être considérée comme complète ?). Le premier est appelé « article ER », car il postulait l’existence des ponts Einstein-Rosen, actuellement connus sous le nom de trous de ver. Le second article présentait le paradoxe EPR (pour Einstein-Podolsky-Rosen) ou « action fantôme à distance », qui fut plus tard appelé intrication quantique.
En reliant instantanément des particules séparées, sans tenir compte de leur proximité les unes
par rapport aux autres, l’intrication quantique a été minutieusement testée à des distances toujours plus grandes au cours des 30 dernières années, et s’est imposée comme un aspect fondamental du comportement quantique de la matière. À l’inverse, les trous de ver appartiennent encore au domaine de la pure réflexion théorique.
Avec le généreux soutien du LIGO (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory), d’Isabel De Sena, de Fulcrum Arts et de la Fondation Carasso
Deep FieldsFélicie d’Estienne d’Orves & Olivier Schefer Curateurs
We are dealing with the limits of an experience. Robert Irwin
Le télescope Hubble, qui pointe une portion apparemment vide de la carte du ciel, ouvre en 1995 de nouvelles fenêtres de perception sur des milliers de galaxies inconnues à ce jour. Depuis lors les frontières du perceptible ne cessent d’être repoussées et élargies, donnant lieu à de nouvelles preuves tangibles : découverte de la première exoplanète, première image du fond diffus cosmologique par le satellite Planck, découverte du Boson de Higgs, détections d’ondes gravitationnelles, photographie d’un trou noir. Tout un parcours se dessine de l’astrophysique à la physique quantique, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Deep Fields réunit des artistes qui sondent et explorent les champs profonds : des paysages lointains et désertiques aux champs mobiles et instables de particules. Confrontés à l’irreprésentable et à l’invisible, ils interrogent la perception, sans cesse renvoyée à ses propres limites, à ses cadres et ses frontières. Leurs œuvres sont des traces d’événements, les échos matériels et psychiques d’horizons traversés, des champs d’énergie dont le corps reste partie prenante. Ce ne sont plus des objets isolés ni des images arrêtées, mais des oscillations, des vibrations magnétiques et lumineuses. Deep Fields propose d’arpenter des territoires de la physique contemporaine, d’enquêter dans les marges du visible et de sortir des espaces de contrôle.